Obama sur la route des Oscars

En pleine campagne électorale, Barack Obama a décidé de s’offrir un véritable film promotionnel. Beaucoup plus élaborée que les spots télévisés habituels de 30 secondes, cette vidéo de 17 minutes est entièrement dédiée à la gloire de l’occupant actuel de la Maison Blanche.

Intitulé « The Road We’ve Traveled », ce documentaire d’un nouveau genre revient sur les trois premières années de mandat du président démocrate. S’il faudra attendre le jeudi 15 mars avant de pouvoir le visionner dans son intégralité, le teaser est d’ores et déjà diffusé sur la toile…

Un casting de choc

A la tête d’un trésor de guerre colossal, l’équipe de campagne d’Obama s’est permis le luxe d’engager la crème de la crème pour réaliser cette « superproduction démocrate ».

Pour la bande son : Tom Hanks, qui reste quand même l’un des acteurs américains les plus populaires. Au niveau de la réalisation : David Guggenheim, qui avait déjà concocté par le passé « An Inconvenient truth » (une vérité qui dérange).

C’est d’ailleurs grâce à ce documentaire consacré au réchauffement climatique dont il était le narrateur, qu’ Al Gore, l’ancien Vice-Président de Clinton, a remporté le prix Nobel de la paix en 2007.

Barack Obama, qui a déjà reçu cette distinction en 2009, « Pour ses efforts extraordinaires afin de renforcer la diplomatie internationale et la coopération entre les peuples » (sic) vise plutôt sa réélection comme président des États-Unis. Mais gagner à nouveau la course à la Maison Blanche sera loin d’être une sinécure pour le président en exercice qui est au plus mal dans les sondages.

Avec seulement 47% d’opinions favorables,  la cote de popularité d’Obama n’est pas très enviable, à moins de huit mois de l’élection. S’il veut susciter l’engouement comme en 2008, l’ancien sénateur de l’Illinois devra à nouveau séduire les électeurs. Et quoi de mieux pour convaincre l’opinion qu’une belle fresque hollywoodienne?

Un « documentaire publicitaire »

Dans ce film forcément très subjectif, Obama jouera son propre rôle. Celui d’un président au centre du bureau ovale, confronté quotidiennement à des choix difficiles. Une récession économique sans précédent, le secteur automobile au bord de la faillite, la réforme du système des soins de santé,… Et force est de constater que durant ses trois premières années de mandat, les défis à relever n’ont pas manqués.

Autant de crises évoquées par les acteurs clés de son administration, son ancien chef de cabinet Emanuel Rahm, le Vice-Président Joe Biden, ou encore la secrétaire d’État Hillary Clinton.

Obama chef de guerre

Dans un rôle taillé sur mesure pour Denzel Washington, Obama joue également au chef des armées. Avec deux guerres qui n’en finissent pas sur les bras, le président doit limiter les pertes et évacuer les troupes hors des bourbiers irakien et afghan. L’échec de la fermeture de Guantánamo ou la gestion catastrophique de la marée noire en Louisiane seront-t-ils au menu du film? le mystère reste entier. Par contre le climax de cette superproduction est déjà connu: l' »opération Geronimo » qui doit mener à la capture d’Oussama Ben Laden!

S’il n’y a plus vraiment de suspense, l’ennemi public N°1 repose au fond de l’océan depuis mai 2011, la scène filmée en direct depuis la « situation room » plaira certainement aux amateurs de film d’action. Un bon point pour renforcer l’image d’Obama « leader des troupes », lui qui manquait  cruellement d’expérience militaire lorsqu’il était candidat en 2008, face à McCain, le héros du Vietnam!


Politique et Show Business

Depuis toujours, l’exercice de la politique a réclamé des talents d’acteurs. Mais depuis les joutes verbales de l’Antiquité, les médias ont quelques peu évolués. A présent, à l’heure de la campagne 2.0, quelques vidéos bricolés à la va-vite et diffusées sur les postes de télévisions ne suffisent plus.

Avec ce film de promotion,  l’objectif est de montrer qu’Obama a beaucoup plus d’expérience qu’en 2008 et que s’il n’a pas tenu toutes ses promesses c’est à cause de circonstances économiques exceptionnelles. Aujourd’hui, il n’est plus juste un simple candidat à la Maison Blanche mais bien le 44ième président des États-Unis qui brigue un second mandat!

Le film sera diffusé massivement dans les QG de campagne des 50 États afin de mobiliser les partisans démocrates. Il connaitra probablement aussi une diffusion virale sur la toile, où Obama reste le leader incontesté face à des candidats républicains qui ressemblent parfois à des amateurs.

L’ équipe de campagne du président démocrate utilise au maximum les réseaux sociaux depuis les primaires démocrates de 2007, pour propager ses idées et pour récolter des dons. Aujourd’hui, passé maître dans l’art du Storytelling, le président en exercice a « 25 millions d’amis » sur Facebook, est suivi par  13 millions de personnes sur Twitter et a plus de 2.000 vidéos postées sur Youtube! Un réseau colossal pour diffuser ses messages en temps réel et à moindres coûts, qui aura son importance au fur et à mesure que se rapproche l’élection du 6 novembre…

Je suis démocrate donc je vote républicain!

A la veille des primaires du Michigan, certains analystes redoutent qu’une vague de militants démocrates influencent le scrutin. Surnommés les « républicains bleus », ces faux membres du parti pourraient voter massivement pour Santorum, dans l’espoir de voler la victoire à Romney.

Au Michigan, l’électeur est vraiment roi. Durant les primaires, les militants d’un parti sont autorisés à voter pour un candidat du camp adverse!  Un système assez laxiste qui diffère de la plupart des autres états, où celui qui souhaite participer à l’élection doit s’inscrire au préalable sur la liste d’un parti.  Mais alors, comment reconnaitre un vrai républicain d’un démocrate déguisé ? C’est tout simplement impossible, sauf si un sticker « Obama-Biden 2012» trône à l’arrière de son pick-up…

Piraterie politique

Voter tactiquement pour un candidat du parti adverse afin d’influencer le résultat des primaires n’est pas un phénomène nouveau. Au Michigan, ce genre de manœuvres stratégiques est même presque devenu une tradition locale.  Lors des primaires républicaines en 2000 par exemple, les démocrates du coin avaient soutenu massivement John Mc Cain face à Georges W. Bush.

Après dépouillement des votes, le sénateur d’Arizona avait finalement battu son rival texan, avec une avance confortable (50% contre 43%). De nombreux « faux républicains » avaient reconnu avoir participé au scrutin même s’il est impossible de quantifier leur influence. Selon les articles de l’époque, l’équipe de campagne du futur président criait au scandale et estimait que l’influence des votes démocrates dans la primaire du parti républicain relevait de la piraterie politique !

Au final, la victoire de McCain au Michigan n’aura été qu’un petit accident sur le parcours gagnant de Georges W. Bush. En grand favori, le candidat texan a raflé la plupart des autres états du pays (43 sur 50) avant d’affronter Al Gore dans l’élection générale. La fin de l’histoire est connue. Douze ans après son illustre paternel, Bush Junior frotta à son tour ses bottes sur le paillasson du bureau ovale.

Primaires républicaines en 2000 (Bush en rouge – McCain en jaune)

« Opération Hilarity »: l’assaut démocrate

Donné largement vainqueur par les sondages locaux du mois dernier, Mitt Romney doit à présent composer avec Santorum, qui rassemble autour de lui l’aile dure du parti. Si  le champion des valeurs conservatrices a perdu du terrain suite à une vague de publicités négatives et un dernier débat télévisé difficile, il n’en reste pas moins le seul candidat qui puisse faire trébucher le mormon.

Alors que le duel s’annonce très serré, chaque voix a son importance, à l’image des résultats disputés en Iowa et dans le Maine. Les militants démocrates du Michigan l’ont bien compris et leur participation à la primaire républicaine pourrait bien faire la différence. D’où l’attention croissante portée à ces « républicains bleus », un surnom qui provient de la couleur attribuée par convention aux démocrates. A l’approche du scrutin, des consignes de vote commencent à circuler via les réseaux sociaux et notamment sur le blog DailyKos.

L’opération « Hilarity » appelle les militants démocrates de l’état à soutenir massivement Rick Santorum dans les urnes. Officiellement, ces actions ne sont ni soutenues ni découragées par les instances du parti démocrate. Mais si le « vote inter-parti» pose des question au niveau éthique, ce procédé n’en reste pas moins légal, en vertu des lois électorales du Michigan. « Si les votes de démocrates influencent les résultats des primaires républicaines, les républicains ne pourront s’en prendre qu’à eux-mêmes » précise Mark Brewer, président du parti démocrate dans l’ « état des grands lacs ».

L'éléphant républicain contre l'âne démocrate...

Santorum : le favori des démocrates

L’ironie de cette stratégie électorale est que les militants démocrates votent pour le candidat qu’ils apprécient sûrement le moins (ou détestent le plus), parmi les quatre républicains encore en lice. Mais ce calcul politique est basé sur un constat: Santorum est plus facile à battre que Romney, dans le cadre de l’élection présidentielle de novembre.

Si les primaires républicaines se jouent toujours très à droite, avec des candidats qui semblent participer au « concours du plus conservateur » , l’élection générale se joue plutôt au centre. Pour gagner une élection nationale, il faut pouvoir séduire les centristes, les indécis et pas seulement les militants purs et durs de son parti. Et à ce jeu-là, Romney le « modéré de la côte-Est » est bien plus dangereux que l’ultra-conservateur Santorum et ses gros sabots.

Si l’ancien sénateur de Pennsylvanie parvient à remporter l’investiture du parti républicain,  il y a fort à parier qu’il se fasse véritablement lyncher face au président démocrate. Beaucoup trop radical, ce catholique intégriste ouvertement homophobe est beaucoup trop extrême pour la majorité des électeurs. Il est facile d’imaginer des spots télévisés reprenant quelques-uns de ses discours fumeux: Santorum qui cite le diable, qui doute du réchauffement climatique, qui compare homosexualité et polygamie, qui refuse l’avortement même en cas de viol ou d’inceste, qui veut en découdre avec l’Iran, …

Bref, si Santorum remporte les primaires républicaines, il risque de très vite casser ses belles dents blanches dans sa croisade pour la Maison Blanche. Tout bénéfice pour la réélection d’Obama.

Romney Vs Santorum