Gingrich: toujours plus proche de la voie de garage

Depuis un mois et son unique victoire en Caroline du Sud, Newt Gingrich continue sa longue traversée du désert. Débordé par son rival ultra-conservateur Rick Santorum, le « candidat yo-yo » de ces primaires à rebondissements table toujours sur un énième comeback de plus en plus improbable…

Début janvier, juste avant le lancement des primaires républicaines, le bouillonnant Newt Gingrich dominait les intentions de vote au niveau national. Discret lors des deux premiers scrutins, en Iowa et au New Hampshire, l’ancien président de la Chambre marqua les esprits en remportant l’état de la Caroline du Sud, avec une avance confortable sur Mitt Romney. Le « candidat de l’expérience» s’affirmait alors comme la seule alternative au mormon du Massachusetts.

Mais ce succès ne dura pas longtemps, dès lors que l’équipe de campagne de Romney a commencé son travail de sape. A coups de millions dépensés en publicités négatives, la réputation déjà sulfureuse de Gingrich a vite été mise à jour et sa cote de popularité a chuté aussi vite qu’elle était montée.

Lors des scrutins suivants, en Floride et au Nevada, Romney a triomphé et confirmé du même coup son statut de favori des primaires. Ensuite est venu le tour de Santorum de focaliser l’attention des médias. Et pendant ce temps, Newt Gingrich, le « candidat qui rêve de coloniser la lune » ronge son frein, espérant toujours revenir sur le devant de la scène.

Un mauvais sens du timing

Le plus gros problème de Gingrich, c’est le temps. Sa stratégie électorale repose essentiellement sur les états du sud du pays, qui lui sont en principe favorables. Mais entre le scrutin en Caroline du Sud, qu’il a remporté le 21 janvier dernier, et les autres primaires où il espère avoir du succès,  il y a plus de six semaines d’écart! Soit une éternité en politique…

L’ancien président de la Chambre mise tout sur le « Super Tuesday » du 6 mars, journée cruciale où les militants de dix états attribueront d’un seul coup plus de délégués que tous ceux distribués jusqu’à présent. Ce mardi-là, quatre « états du sud » tiendront des élections: la Virginie, le Tennessee, l’Oklahoma et la Géorgie, véritable bastion électoral de Gingrich.

Si les scrutins se déroulaient fin janvier, Gingrich aurait sans nul doute remporté quelques victoires et serait resté dans la course à l’investiture républicaine. Mais vu la tournure que prennent les événements, il a de plus en plus de chances de rater son coup et de finir tout simplement hors-jeu. S’il ne rebondit pas lors du « Super Tuesday », Gingrich n’aura d’autre choix que de jeter l’éponge.

L’art de la campagne de proximité

Optant pour une stratégie très différente, Rick Santorum s’est concentré sur quelques états de petites tailles, où il a mené une véritable campagne de terrain. S’il a créé la surprise en remportant le caucus de l’Iowa, ce n’est pas sans raison. Très motivé, le candidat a parcouru les 99 comtés de l’état à bord d’un pick-up, en allant à chaque fois à la rencontre de ses habitants ! Une tactique de proximité qui n’est possible que dans un état à taille réduite (à moins de passer vingt ans sur les routes) qui s’est finalement avérée payante.

Fort de ce succès initial en Iowa, qui lui a apporté soutien médiatique et financier, Santorum a ensuite boycotté quelques étapes afin de se concentrer sur les scrutins du 7 février. Ce jour-là, il remporte simultanément les caucus du Colorado et du Minnesota ainsi que le « concours de beauté » du Missouri, auquel Gingrich ne participe même pas.

Rick Santorum - le rival conservateur

Un rival dérangeant

Jusqu’à ce trio de victoires, l’ancien sénateur de Pennsylvanie a habilement fait profil bas. Évitant les coups, il a assisté au « duel Romney-Gingrich », laissant le mormon éroder peu à peu la réputation de l’ancien président de la Chambre.

Jouant sur la même corde religieuse et ultra-conservatrice, Rick Santorum est le véritable adversaire de Newt Gingrich. Ron Paul surfe sur la vague libertarienne et anti-gouvernementale, avec des militants déjà tout acquis à sa cause tandis que les autres candidats  conservateurs (Cain, Bachmann et Perry) ont déjà abandonnés la course.

Résultat : Santorum et Gingrich se partagent le vivier électoral des ultra-conservateurs, des évangélistes et des militants indécis du mouvement Tea Party. Un ensemble hétéroclite d’électeurs mais qui ont en commun d’être tous farouchement hostiles à Barack Obama et qui estiment que Mitt Romney est beaucoup trop modéré pour représenter le parti face à lui.

Le dernier carré républicain: Santorum - Gingrich - Romney - Paul

Gingrich, populaire chez les pandas

Tel Moise, l’ancien président de la Chambre continue sa traversée du désert. A mesure que passe les semaines, il continue son errance et semble de plus en plus boudé par les médias (toute proportion gardée), qui lui préfère Santorum.  Désireux de combler son déficit d’image, Gingrich essaie inexorablement de faire parler de lui. Mais les dernières vidéos qu’il diffuse sont symptomatiques d’une campagne en perte de vitesse.

Dans celle-ci, Gingrich s’offre un break, avec une visite VIP au zoo de San Diego, en Californie. Après avoir donné à manger à un éléphant, l’animal symbole du parti républicain, le candidat nourrira également un panda. Une bien curieuse stratégie électorale…

Le début de la fin

Même si Gingrich assure le contraire, il y a fort à parier que le transfert de voix de ses partisans vers Santorum va continuer. Le 28 février se tiendront deux primaires essentielles pour observer ce phénomène: en Arizona et dans le Michigan, l’état natal de Romney. Si les sondages actuels se vérifient dans les urnes, Gingrich terminera à chaque fois loin derrière Romney et Santorum, se disputant plutôt la troisième place avec Ron Paul. Et même dans les états du sud des États-Unis, il semble perdre du terrain. Encore un signe inquiétant pour sa campagne…

Un autre désaveu cinglant pour le candidat vient de la part de la « National Review », sans doute le magazine le plus conservateur du pays.
Dans un éditorial sans équivoque, son auteur demande à Gingrich de faire un part de côté. C’est à dire abandonner sa campagne pour soutenir celle de Santorum. Une humiliation de plus pour celui qui donnait le ton après sa victoire en Caroline du Sud. Plus personne n’est dupe, la candidature de Gingrich est brulée et il ne sera plus jamais favori dans ces primaires. Même son riche soutien financier, l’empereur des casinos Sheldon Adelson, n’a pas exclu de soutenir à terme un autre candidat…

Avec ce pari risqué de tout miser sur le « Super Tuesday », Gingrich semble avoir raté le coche au bénéfice de Santorum, qui se profile aujourd’hui comme le véritable adversaire de Romney. Gingrich affirme qu’il n’a pas encore tiré toutes ses cartouches et promet que le meilleur reste à venir dans ces primaires à rebondissements. Il répète sans cesse qu’il va bientôt faire un comeback fracassant…comme pour mieux s’en convaincre.

La chute de Newt

Publicités