Un « Super Tuesday » tout sauf décisif

Après deux mois de scrutins au compte-gouttes,  les primaires s’accélèrent avec le « Super Tuesday », où les militants de dix états votent simultanément. Mais si la course à l’investiture républicaine avance d’un grand pas, il faudra encore attendre longtemps avant qu’un candidat ne soit déclaré vainqueur.

Depuis son coup d’envoi en Iowa, le 3 janvier dernier, le ballet des primaires républicaines est dominé par Mitt Romney. Si le mormon millionnaire est incontestablement le grand favori, il ne peut que ronger son frein avant d’affronter officiellement Barack Obama, dans l’élection présidentielle de novembre. Pour comprendre pourquoi ces primaires durent plus longtemps que par la passé, il faut avant tout analyser les chiffres…

La pêche aux 1.144 délégués

Jusqu’à présent, seulement onze états sur les cinquante que compte le pays ont participé au vote, répartissant à peine 355 délégués entre les quatre rivaux. Si Romney caracole en tête avec un peu plus de 200 délégués au compteur, il est encore très loin du compte. Car pour gagner l’investiture du parti, un candidat doit en récolter 1.144 !

Avec le « Super scrutin » d’aujourd’hui, les militants de dix autres états voteront à leur tour, rajoutant dans la balance quelques 437 délégués. Mais même si un candidat gagnait partout avec un score stalinien, cela ne lui permettrait pas d’atteindre le montant nécessaire.

Une course de longue haleine

L’investiture du parti républicain se complexifie aussi suite aux changements dans les règles électorales. De plus en plus d’états abandonnent le système du  « Winner take all », où le premier dans les urnes rafle l’intégralité des délégués de l’état, au profit d’un scrutin de type « proportionnel ».

Ce changement de méthode est certainement plus représentatif du choix des électeurs mais il prolonge sensiblement la durée des primaires. Par la passé, une fois que le favori avait gagné quelques grands états, il devenait très vite impossible à rattraper.

John McCain - Champion républicain en 2008

En 2008 par exemple, John McCain avait remporté les états poids lourds des primaires (Californie, New  York, Illinois,…) après ce fameux « Tsunami Tuesday », où les républicains de 21 états votaient le même jour!  Avec plusieurs centaines de délégués d’avance, McCain était tout simplement irrattrapable et Romney jetait l’éponge à peine deux jours plus tard.

Du côté démocrate, les primaires de 2008 furent beaucoup plus disputées, avec Hillary Clinton et Barack Obama au coude à coude. Impossible à départager, le duel se prolongea jusqu’au mois de juin, où l’ancien sénateur de l’Illinois a finalement atteint le seuil nécessaire de délégués !

Si ces primaires à rallonge prolongent le suspense et focalisent l’attention médiatique sur les candidats en lice, elles ont également des travers. Une telle campagne coûte une fortune aux candidats et divise le parti à seulement quelques mois de la présidentielle. Si un duel acharné entre républicains devait perdurer jusqu’à l’été, il y a beaucoup de chance que le rescapé soit finalement écrasé par la machine démocrate en novembre.

(Crédit photo: Charles Dharapak/AP)

Romney : champion républicain ?

Si ce « méga scrutin » s’annonce moins décisif que par le passé, il pourrait néanmoins s’avérer riche en renseignements sur l’état de forme des différents candidats. Romney a beau être le grand favori, il est loin de faire l’unanimité dans un parti véritablement coupé en deux. L’aile dure des républicains, composée de militants ultra-conservateurs, lui reproche d’être un candidat trop timoré et trop modéré sur des questions sociales.

L’ancien gouverneur du Massachusetts est aussi critiqué du fait d’être mormon, trop riche, d’accumuler les gaffes et de changer d’idées comme de costumes. Selon un sondage récent du « Wall Street Journal », près de 40% des Américains ont une opinion négative de Romney, contre seulement 28% qui en ont une opinion positive.  Un très mauvais score pour un favori ! Peut-il séduire au niveau national et au-delà de sa base de partisans ? C’est l’une des questions de ce scrutin exposant dix.

Gingrich – Santorum : le duel conservateur

Ce « Super Tuesday » sera peut-être aussi  l’occasion de départager Rick Santorum et Newt Gingrich, deux candidats qui puisent dans le même vivier électoral ultra-conservateur. Santorum a besoin de nouvelles victoires pour confirmer sa crédibilité électorale et son rôle de « candidat alternative à Romney ».

Gingrich a quant à lui besoin d’urgence d’un succès, ailleurs que dans son fief de Géorgie, pour relancer sa campagne qui part complètement à la dérive. Un désaveu dans les urnes pourrait pousser l’ancien président de la Chambre vers la sortie, au bénéfice de Santorum qui récupérerait illico les voix de son rival. Un transfert de voix qui relancerait totalement l’issue de ces primaires à rebondissements.

Ron Paul, la force tranquille

Peu importe ce qu’il advient de ses rivaux, Ron Paul continuera de toute façon les primaires jusqu’ au finish. Remporter l’un ou l’autre état serait un très bon signal pour sa campagne mais de toute façon le texan a peu de chance de l’emporter, du fait de ses idées trop radicales et anti-establishment. Sa stratégie repose plutôt sur une course de fond, où il grappille délégué après délégué. Son but étant d’arriver en position de force lors de la convention nationale du parti, tribune de choix où il pourra diffuser ses idées. Si cette campagne présidentielle est assurément son baroud d’honneur, le doyen de la course a déjà un successeur dans son combat libertarien. Actuellement sénateur du Kentucky, son fils Rand Paul incarne déjà le futur du mouvement. A suivre en 2016…

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Romney (se) rassure avant le « Super Tuesday »

Mitt Romney a confirmé son statut de favori des primaires républicaines, en remportant les scrutins en Arizona et au Michigan. Un bon signal pour le candidat, qui s’est vraiment donné du mal pour arracher la victoire dans son état natal.

A moins d’une semaine du « Super Tuesday » du 6 mars, où les militants de dix états voteront simultanément, Romney a remis les pendules à l’heure face à son rival ultra-conservateur Rick Santorum.

En Arizona, le mormon a remporté une victoire nette et sans bavure,  en raflant près de la moitié des suffrages. Seul candidat a réellement faire campagne dans l’ « état du grand canyon », il bénéficiait en plus du soutien de ses coreligionnaires et du populaire sénateur local, John McCain.

Romney peut donc rajouter à son compteur l’ensemble des 29 délégués mis en jeu dans ce scrutin où seule la première place compte, car il utilise le système du « Winner take all ».  A noter qu’un candidat doit récolter la bagatelle de 1.144 délégués avant de remporter l’investiture du parti…

Romney prend un bain de foule

En deuxième position, Rick Santorum confirme son statut d’ « alternative à Romney ». Au détriment de Newt Gingrich, qui continue scrutin après scrutin sa courbe descendante. L’ancien président de la Chambre annonce à grands bruits qu’il va faire un comeback fracassant mardi prochain ! Mais si sa campagne ne rebondit pas très vite elle pourrait s’achever d’ici peu. Au lendemain du Super Tuesday par exemple…

(voir l’article: Gingrich: toujours plus proche de la voie de garage)

L’atypique Ron Paul clôture la marche en obtenant 8,4% des voix, soit le double de son score de 2008. Même s’il est à la traine derrière les favoris, le texan améliore systématiquement ses  résultats et il est déterminé à poursuivre sa campagne jusqu’au bout.

§ Résultats définitifs de l’ Arizona

1° MITT ROMNEY

> 47,3%   /   216.805 votes de préférence

2° RICK SANTORUM

> 26,6%   /   122.088 votes de préférence

3° NEWT GINGRICH

>16,2%   /   74.110 votes de préférence

4° RON PAUL

>8,4%   /   38.753 votes de préférence

(Source des résultats: Washington Post)

Si Mitt Romney a remporté une victoire sans ombrage en Arizona, le résultat du scrutin au Michigan est loin d’être aussi idyllique. Certes, le candidat a gagné dans son état natal mais il vraiment dû batailler ferme face la montée en puissance de son rival Santorum. Au final, l’ « enfant du pays » sauve les meubles et évite surtout une défaite qui aurait été très néfaste pour la suite de campagne.

Au niveau des chiffres, à peine 3% séparent le mormon de son rival catholique. Preuve que si Romney marque des points et remporte des états, il est loin de faire l’unanimité dans un camp républicain vraiment très éclaté.

Vu que la primaire dans l’ « état des grands lacs » utilise le système proportionnel,  les 30 délégués mis en jeu seront équitablement partagés entre les deux adversaires. Ce qui fait dire au directeur de campagne de Santorum que le scrutin au Michigan ressemble moins à une victoire de Romney qu’à un match nul…

Ron Paul vole la troisième place à un Gingrich en déroute et fidèle à son habitude double presque son score de 2OO8, où il n’avait obtenu que 6,3%. A ce rythme-là, le doyen de la course pourrait devenir le favori du parti en 2016 voire 2020. Plus sérieusement, il est très probable que son fils Rand Paul, déjà sénateur du Kentucky, prenne un jour la relève dans son combat libertarien…

§ Résultats définitifs du Michigan

1° MITT ROMNEY

41,1%   /   410.517 votes de préférence

2° RICK SANTORUM

> 37,9%   /   378.124 votes de préférence

3° RON PAUL

> 11,6%   /   115.956 votes de préférence

4° NEWT GINGRICH 

> 6,5%   /   65.093 votes de préférence

(Source des résultats: Washington Post)

Suite à cette double victoire, Romney calme les ardeurs de Santorum et retrouve du même coup sa position de favori dans les sondages au niveau national. Maintenant qu’il a remporté le scrutin dans son état natal, la pression est retombée et Romney peut se permettre de railler son rival sur sa « stratégie d’encouragement au vote démocrate ».

Si certains « faux républicains » ont reconnu avoir voté pour Santorum, il est impossible de connaitre leur nombre exact. Une seule certitude : l’ « opération Hilarity » qui avait pour objectif de faire trébucher Romney n’a pas fonctionné…
Du coup, le favori reprend à son compte l’analyse des stratèges démocrates: « Oui, je suis bien le candidat le plus dangereux face à Obama… »

(voir l’article: Je suis démocrate donc je vote républicain)

Je suis démocrate donc je vote républicain!

A la veille des primaires du Michigan, certains analystes redoutent qu’une vague de militants démocrates influencent le scrutin. Surnommés les « républicains bleus », ces faux membres du parti pourraient voter massivement pour Santorum, dans l’espoir de voler la victoire à Romney.

Au Michigan, l’électeur est vraiment roi. Durant les primaires, les militants d’un parti sont autorisés à voter pour un candidat du camp adverse!  Un système assez laxiste qui diffère de la plupart des autres états, où celui qui souhaite participer à l’élection doit s’inscrire au préalable sur la liste d’un parti.  Mais alors, comment reconnaitre un vrai républicain d’un démocrate déguisé ? C’est tout simplement impossible, sauf si un sticker « Obama-Biden 2012» trône à l’arrière de son pick-up…

Piraterie politique

Voter tactiquement pour un candidat du parti adverse afin d’influencer le résultat des primaires n’est pas un phénomène nouveau. Au Michigan, ce genre de manœuvres stratégiques est même presque devenu une tradition locale.  Lors des primaires républicaines en 2000 par exemple, les démocrates du coin avaient soutenu massivement John Mc Cain face à Georges W. Bush.

Après dépouillement des votes, le sénateur d’Arizona avait finalement battu son rival texan, avec une avance confortable (50% contre 43%). De nombreux « faux républicains » avaient reconnu avoir participé au scrutin même s’il est impossible de quantifier leur influence. Selon les articles de l’époque, l’équipe de campagne du futur président criait au scandale et estimait que l’influence des votes démocrates dans la primaire du parti républicain relevait de la piraterie politique !

Au final, la victoire de McCain au Michigan n’aura été qu’un petit accident sur le parcours gagnant de Georges W. Bush. En grand favori, le candidat texan a raflé la plupart des autres états du pays (43 sur 50) avant d’affronter Al Gore dans l’élection générale. La fin de l’histoire est connue. Douze ans après son illustre paternel, Bush Junior frotta à son tour ses bottes sur le paillasson du bureau ovale.

Primaires républicaines en 2000 (Bush en rouge – McCain en jaune)

« Opération Hilarity »: l’assaut démocrate

Donné largement vainqueur par les sondages locaux du mois dernier, Mitt Romney doit à présent composer avec Santorum, qui rassemble autour de lui l’aile dure du parti. Si  le champion des valeurs conservatrices a perdu du terrain suite à une vague de publicités négatives et un dernier débat télévisé difficile, il n’en reste pas moins le seul candidat qui puisse faire trébucher le mormon.

Alors que le duel s’annonce très serré, chaque voix a son importance, à l’image des résultats disputés en Iowa et dans le Maine. Les militants démocrates du Michigan l’ont bien compris et leur participation à la primaire républicaine pourrait bien faire la différence. D’où l’attention croissante portée à ces « républicains bleus », un surnom qui provient de la couleur attribuée par convention aux démocrates. A l’approche du scrutin, des consignes de vote commencent à circuler via les réseaux sociaux et notamment sur le blog DailyKos.

L’opération « Hilarity » appelle les militants démocrates de l’état à soutenir massivement Rick Santorum dans les urnes. Officiellement, ces actions ne sont ni soutenues ni découragées par les instances du parti démocrate. Mais si le « vote inter-parti» pose des question au niveau éthique, ce procédé n’en reste pas moins légal, en vertu des lois électorales du Michigan. « Si les votes de démocrates influencent les résultats des primaires républicaines, les républicains ne pourront s’en prendre qu’à eux-mêmes » précise Mark Brewer, président du parti démocrate dans l’ « état des grands lacs ».

L'éléphant républicain contre l'âne démocrate...

Santorum : le favori des démocrates

L’ironie de cette stratégie électorale est que les militants démocrates votent pour le candidat qu’ils apprécient sûrement le moins (ou détestent le plus), parmi les quatre républicains encore en lice. Mais ce calcul politique est basé sur un constat: Santorum est plus facile à battre que Romney, dans le cadre de l’élection présidentielle de novembre.

Si les primaires républicaines se jouent toujours très à droite, avec des candidats qui semblent participer au « concours du plus conservateur » , l’élection générale se joue plutôt au centre. Pour gagner une élection nationale, il faut pouvoir séduire les centristes, les indécis et pas seulement les militants purs et durs de son parti. Et à ce jeu-là, Romney le « modéré de la côte-Est » est bien plus dangereux que l’ultra-conservateur Santorum et ses gros sabots.

Si l’ancien sénateur de Pennsylvanie parvient à remporter l’investiture du parti républicain,  il y a fort à parier qu’il se fasse véritablement lyncher face au président démocrate. Beaucoup trop radical, ce catholique intégriste ouvertement homophobe est beaucoup trop extrême pour la majorité des électeurs. Il est facile d’imaginer des spots télévisés reprenant quelques-uns de ses discours fumeux: Santorum qui cite le diable, qui doute du réchauffement climatique, qui compare homosexualité et polygamie, qui refuse l’avortement même en cas de viol ou d’inceste, qui veut en découdre avec l’Iran, …

Bref, si Santorum remporte les primaires républicaines, il risque de très vite casser ses belles dents blanches dans sa croisade pour la Maison Blanche. Tout bénéfice pour la réélection d’Obama.

Romney Vs Santorum