Romney : carton plein à Porto Rico

Le favori des primaires semble particulièrement plaire à l’électorat latino. Après ses succès en Floride et en Arizona, le mormon vient de réaliser un score fleuve lors du scrutin à Porto Rico.

L’île caribéenne de Porto Rico n’est pas considérée comme un état américain à part entière, néanmoins ses habitants peuvent participer aux primaires du parti républicain. Les militants de ce « territoire non-assimilé » devaient répartir 20 délégués entre les différents candidats mais Mitt Romney n’a pas fait de quartier.  Avec un score presque stalinien, 88% des votes à l’arrêt du dépouillement, l’ancien gouverneur du Massachusetts a empoché l’intégralité des délégués mis en jeu.

Le duel des primaires: Romney Vs Santorum

Largement en tête dans la course aux délégués (il en a plus à lui seul que tous ses rivaux réunis) le mormon continue de marquer des points. «Je ne peux pas vous dire exactement comment le processus va se dérouler mais je parie qu’au final je vais devenir le nominé du parti » assure Romney, pour couper l’herbe sous le pied de ses détracteurs.

Rick Santorum ne s’était pas attardé dans l’île, préférant concentrer ses efforts électoraux sur l’Illinois, un état nettement plus stratégique qui votera mardi 20 mars. Avec 69 délégués en jeu, l’état dont Obama a été le sénateur est une étape clé sur la longue route des primaires. L’ « état des prairies » est aujourd’hui le siège d’une bataille rangée entre Romney et Santorum, qui se déchirent à coups de spots publicitaires négatifs.

Selon la moyenne de sondages établie par Real Clear Politics, le mormon conserve toujours 6% d’avance sur son rival conservateur…

§ Résultats de la primaire de Porto Rico (20 délégués) :

1° MITT ROMNEY

> 88%   /   95.761 votes de préférence

2° RICK SANTORUM

> 8,5  / 9.235 votes de préférence (soit dix fois moins!)

3° NEWT GINGRICH

> 2,2% / 2.364 votes de préférence

4° RON PAUL

> 1,3%  / 1.412 votes de préférence

(Source des résultats: New York Times)

Caucus du Nevada : Romney joue à domicile

Auréolé de son écrasante victoire en Floride, Mitt Romney a mis le cap à l’Ouest, vers le  Nevada, où se déroule l’étape suivante de la course à l’investiture républicaine. Si le mois de janvier a été particulièrement chahuté avec le cafouillage en Iowa et la déroute en Caroline du Sud, février s’annonce nettement plus tranquille pour l’ancien gouverneur du Massachusetts.

Son équipe de campagne peut déjà mettre le champagne au frais, aucun rival ne sera en mesure de le battre dans le caucus de l’ « état d’argent ». Les conservateurs Gingrich et Santorum se concentrent déjà sur le scrutin suivant au Colorado et seul Ron Paul espère grappiller quelques délégués au Nevada.

Romney contre son ombre

En définitive, si l’issue du caucus n’entretient pas le suspens, l’étendue du score du favori reste à déterminer. Déjà couronné de succès au Nevada lors des primaires de 2008, Romney avait à l’époque réalisé sa victoire la plus nette en raflant 51% des voix !  Ron Paul avait terminé second, loin derrière avec 13,7%, néanmoins devant le champion républicain de l’époque, John McCain. Selon le dernier sondage du PPP, Romney devrait prendre le large demain avec 25% d’avance sur Gingrich…

Pourquoi Romney va-t-il réitérer son succès de 2008 ? Les raisons sont nombreuses. Tout d’abord, c’est le candidat le mieux organisé parmi les derniers prétendants encore en course. Il a une équipe de campagne efficace, qui est à pied d’œuvre dans les 50 états du pays. Ensuite, il a les plus grandes réserves de trésoreries, avec en cas de besoin sa cassette personnelle de multimillionnaire de la finance. Et enfin, l’électorat particulier du Nevada correspond parfaitement à son profil.

Un état sur mesure

Le Nevada est un état très peu peuplé de l’Ouest américain, avec seulement 2,7 millions d’habitants, mais sa population est particulièrement métissée. Si les citoyens blancs constituent le groupe majoritaire, le nombre d’hispaniques est relativement important (26%), du fait de la proximité avec le Mexique. Selon les chiffres du bureau de recensement américain, les Latinos représentent la première minorité de l’État, loin devant les Afro-américains (8,1 %) et les Asiatiques (7,2%).  Et vu l’accueil réservé par la communauté latino en Floride, c’est plutôt de bonne augure pour Romney.

Mais un autre facteur déterminant entre en jeu dans cette élection. Du fait de sa proximité géographique avec l’Utah, berceau des mormons aux États-Unis,  le « Battle Born state » (deuxième surnom du Nevada), compte une forte présence des coreligionnaires de Romney. Et si les choses se déroulent comme en 2008, il y a fort à parier que tous les mormons républicains votent comme un seul homme pour plébisciter leur meilleur porte-parole. Conclusion : Romney va rafler un maximum de délégués du Nevada tandis que ses rivaux se partageront les autres.

Photo Brian Snyder / Reuters

Stratégie nationale pour Ron Paul

L’équipe de campagne de Ron Paul a clairement opté pour une stratégie sur le long terme, avec pour objectif  de récolter un maximum de délégués, état après état. L’idée étant d’arriver en position de force lors de la convention du parti, qui se déroulera fin août en Floride, afin de pouvoir diffuser ses principes libertariens. Le militant texan a ainsi boycotté la primaire de Floride et son système inégal du « Winner Take All », pour se concentrer sur des états qui utilisent un système proportionnel. Avec son réseau de jeunes militants très motivés, le principe du caucus lui convient parfaitement, car ce sont des leaders d’opinion qui doivent convaincre les électeurs.

État-casino, amis milliardaires

Si « Carson city », la capitale du Nevada, ne fait pas rêver les foules, Las Vegas  bénéficie par contre d’une aura mondiale. A l’origine simple campement de Mormons au beau milieu du désert de Mojave, Las Vegas est devenue grâce aux lois libérales de l’état, la capitale mondiale du jeu et de la débauche.  Véritable temple du vice, la racoleuse « Sin-Sity » génère une source de revenus énorme dont profite une poignée d’investisseurs plus ou moins honnêtes. Parmi eux, le visionnaire Sheldon Adelson, surnommé l’ « empereur des casinos » (très bon reportage à son sujet dans « Les carnets du bourlingueur »).  Si Newt Gingrich n’espère pas grand-chose du scrutin au Nevada, il devrait quand même effectuer  une visite de courtoisie à son richissime soutien, qui a parrainé son « Super-Pac » à hauteur de 10 millions de dollars. C’est toujours agréable d’avoir des amis milliardaires…

Mitt Romney ne dira pas le contraire. Il vient de recevoir hier, à Las Vegas, le soutien officiel de Donald Trump, un autre multimilliardaire, et ancien candidat pressenti des primaires. Opposant farouche du président démocrate, l’homme à la célèbre houppette est un « birther », c’est-à-dire quelqu’un qui alimente la polémique sur le fait que Barack Obama soit réellement né sur le sol américain…

Romney a trouvé un soutien plus riche que lui...

Nevada : prédiction présidentielle

Les électeurs de l’état d’argent se vantent d’avoir du flair dans l’élection présidentielle. Depuis 1912, ils ont à chaque fois voté majoritairement pour le nouveau président, à l’exception de la campagne de 1976, où ils avaient préféré Ford à Carter.
Ainsi en 2000, Bush y a battu Gore, en 2004 Bush y a défait Kerry et en 2008 Obama a pris l’ascendant sur McCain. Très partagé au niveau politique, les deux sénateurs de l’État sont le républicain Dean Heller et le démocrate Harry Reid, chef de file des démocrates au Sénat.                    De plus, c’est à Las Vegas que se tiendra en mai la convention nationale du  « parti libertarien », troisième force politique du pays…

Romney prince de Floride?

4ième étape des primaires républicaines, la Floride est le premier poids lourd dans la course à l’investiture. 4ième état le plus peuplé du pays avec plus de 19 millions d’habitants, sa population est aussi particulièrement métissée: 4 millions de latinos (dont un bon nombre de cubains) et 3 millions d’afro-américains. Comme il y fait bon vivre été comme hiver, le « sunshine state » est également devenu le « paradis des retraités », qui sont surreprésentés dans l’état…

Une région courtisée

Au niveau stratégique, la Floride est un « battleground state », un état disputé qui lors des 4 dernières élections a balancé deux fois du côté démocrate (Clinton en 1996 et Obama en 2008) et autant du côté républicain (avec le doublé de Bush en 2000 et 2004).  Tout le monde se rappelle la victoire à l’arrachée de Bush devant Gore en 2000, pour une poignée de voix d’écart….

Jeb Bush, à l’époque gouverneur de Floride et accessoirement frère cadet de W, se profile d’ailleurs de plus en plus comme un futur candidat possible pour la direction du parti républicain. A suivre dans les primaires de 2016…

Victoire serrée ou raz de marée?

Si la capitale politique de Floride est Tallahassee, tous les regards se tournent aujourd’hui vers sa métropole Miami, où en toute logique Mitt Romney devrait triompher. Donné favori dans tous les sondages, avec une avance de 13 points selon la dernière moyenne RCP, l’ancien gouverneur du Massachusetts s’est donné les moyens pour gagner cette étape décisive où prévaut le système du « Winner take all », 50 délégués en jeu qui vont directement dans la poche du gagnant…

L’objectif de Newt Gingrich sera surtout de limiter la casse derrière le favori. S’il arrive à suivre Romney de près, il reste en position de challenger. Par contre s’il est largué dans les scrutins, sa victoire surprise en Caroline du Sud apparaitra alors comme un phénomène isolé et Romney aura le champ libre jusqu’à la convention républicaine. Loin derrière, Rick Santorum complètera vraisemblablement le podium devant le texan Ron Paul, qui ne s’est pas attardé en Floride et se concentre déjà sur les étapes suivantes des primaires…

Le "Sunshine State" - 4ième étape des primaires républicaines