Primaires de Louisiane : Santorum prince du bayou

L’ultra-conservateur Rick Santorum a triomphé lors des primaires de « l’état du pélican », en remportant près de la moitié des suffrages. Une 11e victoire qui prouve que son message axé sur des valeurs chrétiennes et puritaines séduit une certaine branche de l’électorat républicain.

Dernier scrutin du mois de mars, la primaire de Louisiane était clairement un objectif de campagne de l’ancien sénateur de Pennsylvanie. Alors que le dépouillement touche à sa fin, Santorum est déjà assuré de gagner haut la main, avec près de 50% des votes. Inconnu au niveau national jusqu’à sa victoire surprise en Iowa début janvier,  le candidat anonyme s’est mué en un challenger solide face au favori Mitt Romney.

Si au final, le mormon va très probablement remporter l’investiture du parti, Santorum va tout faire pour freiner ses ambitions en tentant de l’empêcher d’obtenir le total de 1.144 délégués, sésame pour gagner les primaires. « La course est longue et loin d’être finie » a déclaré le champion des valeurs familiales, en commentant ses derniers résultats électoraux. Santorum annonce la couleur, il ne jettera pas l’éponge et cette campagne des primaires risque de tirer en longueur. Jusqu’en mai, voire jusqu’en juin avec le scrutin en Californie, l’état le plus peuplé du pays.

Santorum: le champion des valeurs

Gingrich: la fin de l’espoir

Un autre constat de ces résultats en Louisiane est l’échec cuisant de Newt Gingrich, qui misait pourtant beaucoup cet état du sud pour revenir sur le devant de la scène. Avec seulement deux victoires au compteur (la Caroline du Sud et la Géorgie) après une trentaine de scrutins, l’ancien président de la Chambre continue sa descente aux enfers. Avec l’ascension de Santorum comme porte-drapeau des valeurs ultra-conservatrices, Gingrich a perdu son vivier électoral et ses espoirs de succès.

Politiquement, médiatiquement et mathématiquement hors course, le bouillonnant candidat de Géorgie ne doit sa survie qu’à la perfusion financière du milliardaire Sheldon Adelson,  « empereur des casinos » qui soutient sa campagne pour ses positions pro-israéliennes.Gingrich ne va probablement plus remporter aucune victoire dans ces primaires et s’il reste officiellement candidat à l’investiture républicaine, la course s’est depuis longtemps transformée en un duel Romney-Santorum, modérés contre conservateurs.

(Lire à ce sujet: Le chant du cygne de GingrichGingrich:toujours plus proche de la voie de garage)

Ron Paul au finish

Lanterne rouge de la course, Ron Paul n’a lui aussi plus aucun espoir de remporter l’investiture, comme il le reconnait d’ailleurs ouvertement.   La stratégie du texan repose uniquement sur la collecte maximale de délégués afin d’arriver en position de force lors de la convention nationale du parti qui se déroulera fin août à Tampa Bay en Floride. Dans son baroud d’honneur, le doyen de la course profitera de cette tribune de premier plan pour diffuser ses idées libertariennes en tentant d’influer sur les lignes directrices du parti.

La révolution selon Ron Paul (B.Vokar)

Printemps favorable à Romney

Le mois d’avril devrait normalement sourire à Mitt Romney, même si les 329 délégués en jeu ne suffiront pas à atteindre le seuil des 1.144 délégués, synonyme de victoire. Largement en tête dans la course aux délégués, le mormon en a déjà collecté 568 selon les projections d’Associated Press, soit plus que ses trois poursuivants réunis: 273 pour Santorum, 135 pour Gingrich et 50 pour Paul.

L’ancien gouverneur du Massachusetts devrait logiquement dominer la plupart des scrutins de la côte-Est. Des états plus modérés que ceux du Sud ou du Midwest, qui sont eux plus favorables aux idées de Santorum.

Romney: le favori mal aimé

Le mardi 3 avril, les primaires se dérouleront au Maryland (37 délégués), dans le région des grands lac au Wisconsin (42) ainsi que dans la capitale, Washington D.C. (19).

Après trois semaines sans scrutin, les affaires reprendront le 24 avril avec des primaires dans cinq états de la côte-Est : Connecticut (28 délégués), Delaware (17), Rhode Island (19), Pennsylvanie (72) et New York (95).

En avril, Santorum continuera sa « stratégie du boulet » en empêchant Romney de s’emparer de l’intégralité des délégués. Il sauvera probablement aussi l’honneur en remportant la Pennsylvanie, l’état qu’il a représenté au Sénat.

Louisiane - l'état du pélican

§ Résultats de la primaire de Louisiane : (46 délégués)

1° RICK SANTORUM

> 49,2%  / 88.042 votes de préférence

2° MITT ROMNEY

> 26,5%  / 47.495 votes de préférence

3° NEWT GINGRICH

> 15,9%  / 28.505 votes de préférence

4° RON PAUL

> 6,1%  / 10.971 votes de préférence

(Sources des résultats: Washington Post)

Speech de Rick Santorum après sa victoire en Louisiane

Nevada : des milliardaires, des mormons et des cafouillages

Sans surprise, l’ancien gouverneur du Massachusetts a emporté haut la main les caucus du Nevada, soutenu massivement par ses coreligionnaires mormons. Une victoire remportée sans réel combat, ses adversaires n’ont pas perdu de temps à faire campagne dans cet état déjà tout acquis à sa cause.

Mitt Romney confirme avec cette troisième victoire son statut de favori dans la course à l’investiture républicaine. Après le New Hampshire et la Floride, ce succès dans l’état d’argent renforce encore sa crédibilité comme futur opposant d’Obama. Dans son discours de victoire, il n’a même pas cité ses rivaux des primaires, se projetant déjà dans la bataille de novembre face au président démocrate.

« Le président a commencé sa présidence en s’excusant au nom de l’Amérique. Il devrait à présent s’excuser à l’Amérique (…) Il y a quatre ans vous avez fait beaucoup de promesses ici, aujourd’hui le Nevada en a assez de votre aide Monsieur le Président ».

L’équipe de campagne de Romney continue son travail de sape : accumuler les victoires état après état, garder le devant de la scène, récolter un maximum de délégués et encourager les trois derniers poursuivants à jeter l’éponge au plus vite. L’objectif final étant de convaincre les électeurs du parti que Mitt Romney est  le seul choix possible face à Barack Obama.

Balade de santé au Nevada

Avec un score fleuve qui frôle les 50%, l’ancien businessman a presque égalé  son succès obtenu lors des primaires de 2008, où il avait battu le Sénateur de l’Arizona John McCain. Romney a remporté autant de voix que ses trois adversaires réunis, même s’il n’y a pas eu de suspens dans cet état largement peuplé de mormons. Selon les sondages à la sortie des urnes : 26% des participants au scrutin se disaient de confession mormone et parmi eux 91% ont soutenu Romney.

Devant un tel plébiscite, Newt Gingrich n’a pas voulu gaspiller le moindre dollar en publicité et se contente d’une seconde place avec 21,4%. Le libertarien Ron Paul termine troisième avec 18,6% et continue sa collecte de délégués en vue de la convention républicaine. Dernier avec 10,4% Rick Santorum ne s’est même pas donné la peine de faire campagne dans l’état d’argent, et a préféré se concentrer sur les prochains scrutins : au Colorado et au Minnesota.

Soutien des ultra-riches

Difficile de quantifier l’impact réel des sponsors milliardaires dans ces primaires. Romney a reçu à Las Vegas le soutien du magnat de l’immobilier Donald Trump tandis que Gingrich est soutenu financièrement par « l’empereur des casinos » Sheldon Adelson, qui a versé 10 millions de dollars à son Super-Pac hostile à Romney.

« Nous avons l’intention d’être présents dans chaque état du pays, et je pense que vous pouvez compter sur nous pour nous battre », a affirmé l’enfant terrible du parti républicain dans son dernier discours. Newt Gingrich est déterminé à rester dans la course jusqu’au bout:  « Même si nous n’avons pas les mêmes moyens financiers, nous pensons que nous pourrons nous faire entendre dans ce désordre » (…) « La vaste majorité des républicains de ce pays veulent une alternative à un modéré du Massachusetts« .

Confusion électorale

Dernier enseignement des caucus au Nevada : le système de dépouillement pose plus que jamais problème et le parti républicain doit d’urgence prendre des mesures. Si cette victoire de Romney ne fait aucun doute, au vu de son avance colossale sur ses poursuivants, le dépouillement complet des bulletins n’est pas encore terminé deux jours après le scrutin!  Si de tels couacs se représentent lors d’une élection plus disputée, cela donnera lieu à nettement plus de tensions.

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Ron Paul : la force tranquille contre le « trio hypocrite »

Économie d’échelle ou stratégie délibérée, l’équipe de campagne de Ron Paul s’en prend à ses trois opposants en un seul spot!

Cultivant sa différence dans le carré final, « Docteur Paul » se présente comme le seul véritable libéral. A la différence de ses rivaux, on peut difficilement le qualifier de girouette. En effet, le doyen de la campagne défend la même ligne politique depuis plus de 35 ans…

Peu présent en Floride où il a très peu de chance de créer l’événement, Ron Paul concentre ses efforts, humains et financiers, sur des états stratégiques qui utilisent le système proportionnel dans leurs élections. Dans des états comme le Nevada, le Maine, le Colorado ou la Géorgie chaque candidat gagne un certain nombre de délégués en fonction de son résultat électoral.

A l’inverse, dans le prochain scrutin en Floride où prévaut le système du « Winner take all », seul le gagnant de la primaire remportera tous les délégués de l’état. Peu importe de finir deuxième ou quatrième, il n’y aura pas de miettes à se partager…

L’équipe de campagne de Ron Paul a clairement opté pour une stratégie à long terme. Avec des candidats qui abandonnent en cours de route (Cain, Bachmann, Perry, Huntsman,…) Ron Paul s’est déjà hissé sans effort dans le quatuor de tête. Et pour peu que Santorum jette l’éponge, il serait déjà assuré de terminer sur le podium.

L’objectif du texan est de grappiller un maximum de délégués afin d’arriver en position de force à la convention républicaine, qui se tiendra fin août à Tampa en Floride. Si le docteur Paul a peu de chance de remporter l’investiture à lui seul, il pourrait avoir suffisamment de poids politique pour diffuser ses idées libérales au sein du parti, qui rassemble beaucoup de courants différents. Et pourquoi pas éventuellement, monnayer son soutien ou sa présence sur un ticket présidentiel?

Une autre issue possible:  basculer dans le troisième parti du pays, les indépendants. A l’image de sa campagne de 1988, où en tant que candidat libertarien, il avait terminé troisième derrière le président Bush (senior) et le démocrate Michael Dukakis. Néanmoins ce changement de stratégie est peu probable. Si Ron Paul fait cavalier seul, il attirera à lui des voix essentiellement républicaines… au bénéfice d’ Obama.

Santorum - Romney - Gingrich : une seule vision

Ron Paul

Site de Campagne: http://www.ronpaul2012.com

– Ronald Ernest Paul est candidat aux présidentielles depuis le 13 mai 2011

– 76 ans (20 aout 1935)

– Député républicain du Texas  (1976-1985, 1997-…)

–  Candidat à l’élection présidentielle de 1988 pour le parti libertarien

– Candidat à l’élection présidentielle de 2008 pour le parti républicain

– Surnommé « Docteur Non » au Congrès parce qu’il vote contre tous les lois qui selon lui violent la constitution américaine ou qui augmentent les impôts ou les revenus des membres de la Chambre des Représentants

– Partisan du « libertarianisme » doctrine politique qui place la liberté individuelle comme valeur fondamentale des rapports sociaux et qui préconise un état fédéral au rôle limité (impôts faibles, marchés libres, politique étrangère non-interventionniste )